"Le petit village dort encore sous le duvet de la nuit, il fait sombre et froid, comme si le soleil craignait de se montrer. Les traces de la veille demeurent encore dans les ruelles, attendant d'être effacées par le mouvement matinal. On assiste à la préface d'une journée à priori comme les autres, monotone et sans intérêt. Nous imaginons déjà les vas et vient près les maisons et les salutations journalières dans les boutiques; ce remue ménage de tous les jours, cette perpétuelle agitation tranquille que la nuit remonte comme on remonterai un automate, profitant du silence momentané des habitants. On a la sensation que toute la vie se prépare sans un bruit derrière les rideaux de la scène...il fait noir.
Mais ce matin, on distingue une vague lueur au loin entre les murs des habitations. En s'approchant légèrement, on devine une sorte de point lumineux éteignant pas à pas, de trottoirs en trottoirs, la noirceur environnante qui reste cependant bien déterminée à rester la maître du village. Se dandinant toute seule, telle une petite luciole, mais s'avançant de quelques mètres, on se rend compte qu'il s'agit en fait d'une torche, nous laissant apercevoir les traits d'un visage, les articulations d'une main et les jambes d'une silhouette troublant le sommeil des flaques d'eau sur la bord de la rue. Désormais, on comprend que notre petit magicien de la torche est une petite fille. Habillée d'effets simples et modestes, elle semble être guidée par cette lampe, vers une direction incertaine, vacillant de gauche à droite et s'arrêtant de temps en temps. Régulièrement, l'appareil sursaute, accélère ou ralenti, comme si la rue n'avait de règles. Seule la nature et les maisonnettes la discernent, il n'y a personne qui puisse assister à cette petite fugue matinale. Au bout d'un petit moment, à notre grand étonnement, le rayon lumineux quitte la rue principale et emprunte une sorte de passage entre deux maisons, sautillant de lui même jusqu'à un petit muret qu'il grimpe difficilement se retrouvant à présent en surplomb, sur un minuscule sentier abandonné dominant ainsi le pâté de maisons. Déterminée, la jeune fille marche dans les hautes herbes, tenant sa torche si précieuse, en venant t même à utiliser les mains pour s'aider dans la montée de plus en plus raide. On l'entend soupirer rouspéter des jurons enfantin. Mais la torche, toujours bien présente et empoigné par le bras de la petite, trace, ignorant les pierres, l'humidité les orties et la gadoue, traînant derrière elle l'enfant comme une blessure. Cette dernière porte ses jambes abîmées par les chutes meurtries par les ronces...des larmes coulent sur son visage fatigué. Mais courageuse, les poings et la mâchoire serrés, elle fait comme si de rien était, telle une lionne guettant sa proie. Elle vise de ses petits yeux rougies le haut de la colline, le but de sa mission...Encore trois mètres! Deux! ...un! Enfin!...La torche s'est éteinte, comme si son rôle s'arrêtait là, laissant place à la splendeur de l'horizon, servant désormais de béquille à la fillette exténuée. Celle-ci ouvre les yeux avec effort...On y lit un épuisement certain, mais aussi une grande fierté. Celle que l'on a quand on a l'impression d'avoir fait quelque chose que le monde ne croyait pas, celle que l'on a quand on a gagné un défi, un combat. Reprenant son souffle, elle contemple cette immensité attendant le moment précis, l'instant propice...
...Le sourire aux lèvres, prenant un air plus mûr que son âge, elle porte un regard perçant et puissant, tenant dans ses petites mains l'objet clé de son expédition. L'appareil photo de son papa, si gros, au boîtier tellement robuste par rapport aux doigts de la jeune fille. Tendant son indexe vers le bouton d'obturation, cadrant la scène de son mieux. Elle appuie. On a l'impression que le temps s'est arrêté, que la petite est prise dans une bulle en dehors du monde, de la réalité...
...Notre petite photographe, heureuse d'avoir accompli son désir tellement fort, a jouis de cet instant comme un moment unique dans sa vie, elle a réussi à prouver au fond d'elle qu'elle n'est pas que bonne à jouer aux poupées, qu'elle est capable d'autre chose!...
...Dommage que l'appareil était vide de pellicule...il n'y aura juste sa parole et celle de la torche pour raconter ce lever de Soleil"
Sebicello, Septembre 2009